Audrey Nishimwe, 24 ans, originaire de Ruyigi, fait partie d’une génération de jeunes femmes qui osent briser les barrières traditionnelles au Burundi. Dans un pays où le fossé numérique entre les hommes et les femmes reste profond, Audrey a décidé de se battre pour changer la donne. Portrait.
Marquée par son expérience personnelle d’une éducation dominée par les hommes, Audrey a ressenti l’absence flagrante de modèles féminins dans le domaine de l’informatique. « À l’école, ce sont toujours des hommes qui enseignaient l’informatique », raconte-t-elle. Même pour des tâches simples, comme la prise de photos pour sa carte d’étudiante, ce sont encore des hommes qui maîtrisaient les outils numériques. Cette réalité l’a poussée à agir.
Après ses études universitaires, Audrey a pris conscience de son manque de compétences numériques et de son sentiment d’infériorité face à la technologie. C’est alors qu’elle a décidé de suivre une formation en informatique, une étape cruciale pour reprendre le contrôle de sa trajectoire. Ce parcours lui a permis non seulement de réaliser son mémoire de fin d’études, mais également de comprendre l’importance d’un accès égal aux outils numériques pour les femmes.
L’engagement d’Audrey pour l’autonomisation des femmes
Consciente des obstacles auxquels sont confrontées les femmes burundaises dans le domaine du numérique, Audrey a vu dans la formation « Numérique et entrepreneuriat » de l’Alliance Franco-Burundaise de Gitega, une occasion unique de contribuer à leur autonomisation. Grâce à ce programme, elle a acquis des compétences qui vont bien au-delà du simple savoir-faire informatique. « Maintenant, je peux non seulement me débrouiller seule, mais aussi aider les autres à maîtriser l’outil informatique », dit-elle avec fierté.
Pour Audrey, cette initiative va bien au-delà de l’apprentissage technique. C’est un véritable levier d’autonomisation qui ouvre de nouvelles perspectives aux femmes souvent exclues des opportunités économiques. En apprenant à utiliser des logiciels de base, à gérer les médias sociaux ou à créer des sites web, les participantes de la formation deviennent des actrices du changement dans leurs communautés.
Le numérique comme outil de transformation sociale
Audrey voit le numérique comme un puissant outil de transformation, non seulement pour sa propre vie, mais aussi pour celle des autres femmes. Elle souhaite à présent ouvrir un secrétariat et utiliser ses compétences pour accompagner d’autres femmes dans l’apprentissage des outils numériques. « Mon objectif est de contribuer à leur épanouissement tout en me développant professionnellement », affirme-t-elle avec détermination.
Les défis ne manquent pas. Bien que la formation ait permis à une première équipe de femmes d’acquérir des compétences précieuses, Audrey sait que le chemin vers l’égalité numérique est encore long. Cependant, elle reste optimiste. « Le numérique est un domaine accessible à toutes et peut transformer votre vie », dit-elle, invitant les femmes à se lancer sans crainte dans ce domaine encore dominé par les hommes.
Une vision d’avenir : l’émancipation numérique des femmes burundaises
Audrey espère que d’autres initiatives similaires verront le jour au Burundi pour renforcer l’émancipation numérique des femmes. « Le monde évolue rapidement, et il est crucial que nous, les femmes, ne soyons pas laissées pour compte dans cette révolution numérique. »
À travers son parcours, Audrey incarne un changement profond : celui de femmes qui refusent d’être reléguées en marge de la société numérique. Elle voit dans chaque apprentissage une chance de désenclavement pour des générations de femmes burundaises, déterminées à s’imposer dans un secteur longtemps réservé aux hommes.
Par Ferdinand Mbonihankuye
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