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Burundi : Entre déforestation et pollution, un avenir incertain

Le Burundi, pays aux paysages verdoyants et aux écosystèmes fragiles, fait face à des défis environnementaux majeurs. Entre déforestation, pollution de l’eau et perte de biodiversité, les conséquences du dérèglement climatique se font sentir au quotidien dans la population burundaise.

Photographie de Ferdinand Mbonihankuye : Le Parc National de la Ruvubu, dans la commune de Kigamba, province de Cankuzo, dévasté par des incendies de forêt.

À six heures du matin, à Cankuzo, dans la commune de Kigamba, au cœur du Parc National de la Ruvubu, à l’est du Burundi, les collines verdoyantes qui dominaient autrefois le paysage sont maintenant ravagées par des incendies de forêt. Partout où le regard se pose, les flammes lèchent le sol, dévorant la végétation. Le chant mélodieux des oiseaux, si familier aux habitants, se fait rare, remplacé par le crépitement du feu et un silence pesant. La déforestation, alimentée par ces incendies, progresse à une vitesse alarmante, transformant les terres fertiles en vastes étendues nues et stériles.

Dans cet environnement dégradé, les communautés locales luttent pour maintenir leurs moyens de subsistance, qui dépendent en grande partie des ressources naturelles environnantes. La perte de biodiversité, la dégradation des sols et le recul des forêts font partie d’un ensemble de défis qui fragilisent les écosystèmes, tout en impactant profondément le quotidien des habitants.

Cependant, malgré l’urgence de la situation, les solutions tardent à se matérialiser. Les efforts pour freiner la déforestation et restaurer les terres dégradées semblent insuffisants, laissant les Burundais dans l’incertitude, face à un avenir de plus en plus précaire.

Déforestation et perte de biodiversité : un quotidien bouleversé

Dans les régions rurales du Burundi, la déforestation est devenue une réalité palpable. Les collines, jadis couvertes de forêts, sont désormais dénudées, conséquence directe de l’exploitation massive du bois pour la production de charbon de bois et les besoins agricoles. Cette situation aggrave l’érosion des sols, ce qui rend l’agriculture, source de subsistance pour une majorité de la population, de plus en plus difficile.

Josephine, une agricultrice de la province de Mwaro, témoigne de l’impact de ces changements sur son quotidien. « Avant, nous pouvions compter sur des récoltes abondantes grâce à la fertilité des sols. Mais maintenant, avec la déforestation, les terres sont épuisées et il devient difficile de cultiver quoi que ce soit. » À mesure que la couverture forestière diminue, la biodiversité, elle aussi, s’érode. Les espèces animales, autrefois communes dans les zones forestières, disparaissent progressivement, privant ainsi les écosystèmes locaux de leur équilibre naturel.

Le gouvernement burundais a bien mis en place quelques mesures pour encourager le reboisement, mais les résultats sont timides face à l’ampleur du problème. Les efforts actuels ne compensent pas les dégâts causés par des années de surexploitation des ressources naturelles. La perte de biodiversité ne se limite pas aux forêts ; les rivières et lacs du pays subissent également les effets de la pollution, avec des conséquences directes sur les populations.

Pollution des eaux : une menace pour la santé publique

Outre la déforestation, la pollution de l’eau constitue un autre défi majeur. Les rivières et lacs du Burundi, qui servent de principales sources d’eau pour la consommation et l’irrigation, sont de plus en plus contaminés. Le déversement incontrôlé de déchets industriels, l’utilisation excessive de pesticides et le manque d’infrastructures de traitement des eaux usées aggravent la situation. Les communautés riveraines sont les premières victimes de cette dégradation environnementale.

Marie, une mère de famille vivant à proximité du lac Tanganyika, raconte les effets de la pollution sur sa famille. « L’eau que nous utilisions pour boire et cuisiner n’est plus potable. Nous sommes souvent malades, mais nous n’avons pas d’autre choix. » La santé publique est en jeu, et les solutions proposées restent pour le moment largement insuffisantes.

Malgré ces constats alarmants, une prise de conscience émerge peu à peu. Des organisations locales commencent à sensibiliser les habitants aux gestes simples pour limiter leur impact environnemental. Cependant, les défis restent immenses, notamment en matière d’accès à des technologies vertes et durables.

Vers une prise de conscience insuffisante

Face à cette situation critique, le Burundi fait-il assez pour protéger son environnement ? Pour de nombreux citoyens, la réponse est non. Les politiques environnementales sont souvent mal appliquées et manquent de coordination. L’absence de réglementation stricte concernant la gestion des déchets et la pollution des eaux ne fait qu’aggraver les problèmes existants. De plus, la pression démographique et la pauvreté forcent une grande partie de la population à exploiter les ressources naturelles de manière non durable, dans une quête de survie immédiate.

Néanmoins, des initiatives locales montrent qu’un changement est possible. Certaines associations communautaires encouragent le reboisement et la gestion durable des terres, tandis que d’autres sensibilisent aux pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. Dans les zones urbaines, des projets de gestion des déchets commencent à voir le jour, bien que leur mise en œuvre reste timide.

Cependant, malgré ces petits pas, la question reste en suspens : ces efforts seront-ils suffisants pour freiner la dégradation de l’environnement au Burundi ? Alors que les défis s’accumulent et que les ressources naturelles s’épuisent, le temps presse. La planète et ses écosystèmes semblent déjà avoir pris une avance que les Burundais peinent à rattraper.

Par Ferdinand Mbonihankuye

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ijambo