
Réunis à Gitega lors d’un atelier organisé par la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), les responsables de l’Église adventiste du septième jour ont été appelés à renforcer leur implication dans le processus de réconciliation nationale. Pour le président de la CVR, Pierre Claver Ndayicariye, les confessions religieuses restent des acteurs incontournables dans la reconstruction de la paix et de la cohésion sociale au Burundi.
Devant des responsables religieux, des commissaires de la CVR et plusieurs invités, Pierre Claver Ndayicariye a prononcé un discours centré sur la place des Églises dans la reconstruction du tissu social burundais après des décennies de violences et de divisions.
Dès l’ouverture de son allocution, il a remercié les représentants de l’Église adventiste du septième jour pour leur participation à cet atelier consacré à la réconciliation nationale. Selon lui, ce dialogue avec les responsables spirituels constitue une étape importante dans la recherche d’une paix durable.
Il a expliqué que cette rencontre visait à réfléchir sur la contribution des confessions religieuses au rapprochement des Burundais profondément marqués par les crises du passé. Les victimes des violences, les familles endeuillées, les rescapés et les exilés restent, selon lui, au cœur des préoccupations de la CVR.
Les Églises appelées à devenir des artisans de paix
Dans son intervention, le président de la CVR a rappelé que la réconciliation ne peut exclure aucune catégorie de Burundais, y compris les auteurs des violences. Pour lui, la vérité demeure une étape essentielle afin de libérer les consciences et de briser les murs de haine qui divisent encore la société.
Il a souligné que les responsables religieux occupent une place particulière dans ce processus parce qu’ils vivent quotidiennement au contact des populations meurtries. Beaucoup de victimes trouvent refuge auprès des Églises et y confient leurs souffrances.
Pierre Claver Ndayicariye a affirmé que le Burundi a toujours placé Dieu au centre de son existence et que les confessions religieuses ont reçu la mission de rapprocher les hommes à travers les valeurs de pardon, de dialogue et d’amour du prochain.
Il a déclaré que : « Dieu demeure le premier médiateur et réconciliateur, et ses envoyés ont toujours prêché le pardon et la restauration des relations entre les personnes en conflit. »
Selon lui, les enseignements bibliques rappellent constamment l’importance de l’humilité, du repentir et du pardon. Citant l’Évangile selon saint Matthieu, il a rappelé qu’avant de présenter une offrande à Dieu, une personne doit d’abord se réconcilier avec son frère si un différend les oppose.
Un passé douloureux encore présent dans les mémoires
Au cours de son discours, le président de la CVR est revenu sur les différentes tragédies qui ont frappé le Burundi après l’indépendance. Il a évoqué les violences cycliques des années 1965, 1969, 1971, 1972, 1988, 1991 et 1993, notamment l’assassinat du président Melchior Ndadaye quelques mois après son élection démocratique.
Selon lui, ces événements ont laissé des milliers de morts, des disparus, des réfugiés, des orphelins et des familles traumatisées. Les enquêtes réalisées par la CVR dans plusieurs provinces ont permis de découvrir des fosses communes et de recueillir de nombreux témoignages sur les massacres du passé.
Le président de la CVR a toutefois reconnu que certaines confessions religieuses n’ont pas toujours été irréprochables durant ces périodes de violences. Certains responsables religieux auraient participé aux massacres ou les auraient encouragés, tandis que des lieux de culte se sont parfois transformés en espaces de mort au lieu de servir de refuge.
Malgré ce constat, il estime que les Églises conservent une responsabilité majeure dans la reconstruction du pays. Il a appelé les responsables religieux à enseigner davantage les valeurs de paix, de justice et de fraternité.
Il a également exhorté les Burundais à reconnaître leurs fautes et à demander pardon afin de reconstruire des relations durables. Selon lui, la réconciliation exige non seulement la reconnaissance de la vérité, mais aussi l’acceptation de réparer les torts causés aux victimes.
Les responsables religieux réaffirment leur engagement
De leur côté, les responsables de l’Église adventiste du septième jour ont affirmé qu’ils enseignent déjà à leurs fidèles la résolution pacifique des conflits ainsi que la reconnaissance des fautes commises afin de favoriser le pardon.
Le pasteur Bernard Nyandwi, de la mission de Bujumbura, a insisté sur le message d’égalité véhiculé par la parole de Dieu. Il a déclaré que : « La parole de Dieu ne rejette aucune ethnie. Hutu, Tutsi, Twa ou Blanc adorent tous le même Dieu. » Selon lui, cette vision rappelle que tous les êtres humains sont égaux et qu’aucun ne devrait ôter la vie à son semblable.
À cette occasion, les représentants de l’Église adventiste du septième jour se sont engagés à prier pour la CVR dans l’accomplissement de ses missions. Ils ont estimé que la prière constitue une réponse spirituelle forte face aux souffrances traversées par le Burundi.
Les participants ont également identifié plusieurs piliers indispensables à la réconciliation, notamment la connaissance de soi, le respect de la diversité ethnique, sociale et religieuse, l’amour du prochain ainsi que l’enseignement de la vérité fondée sur la parole de Dieu.
Les représentants de l’Église adventiste ont enfin appelé les autorités à intégrer les résultats des recherches de la CVR dans les programmes scolaires. Selon eux, les nouvelles générations doivent connaître la vérité sur le passé afin de s’engager sur le chemin du pardon et de la réconciliation.
Avant de clôturer son discours, Pierre Claver Ndayicariye a rappelé que la véritable réconciliation ne peut être imposée ni par la force ni par une simple loi. Elle doit naître d’une volonté sincère des citoyens à vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel.
Il a conclu en lançant un dernier appel aux responsables religieux : « La paix, la justice et le pardon doivent être enseignés partout afin que les générations futures ne replongent plus dans les divisions et les violences qui ont longtemps endeuillé le Burundi. »